Durant mes années universitaires, j’ai compris très tôt que mon parcours se construirait autant dans les amphithéâtres que dans les expériences concrètes que je choisirais de vivre. J’ai cherché à trouver un équilibre entre la recherche universitaire, les apprentissages théoriques et les projets de terrain, convaincue que c’est dans cette complémentarité que se forge une trajectoire solide et personnelle. Entre feuilles griffonnées, micro allumé et projets qui me défiaient, j’ai saisi ces premières fois qui n’attendent pas qu’on leur donne l’autorisation d’exister.
BIP. BIP. BIP.
C’était le son de mon réveil, une fois par semaine, bien avant l’aube. Le genre de son qui vous arrache au sommeil, mais vous rappelle aussi que vous êtes exactement là où vous devez être. Direction la matinale d’une radio nancéienne, avant d’enchaîner avec les cours. Radio Fajet fut mon premier terrain d’expression. Ma première école de rigueur. À dix-neuf ans, j’intégrais une équipe dont l’histoire dépassait les cinquante ans. J’étais la plus jeune voix de leur antenne. Et peut-être aussi la plus obstinée à prouver que la jeunesse n’est pas un manque de légitimité, mais un angle. Chaque semaine, je participais à la matinale d’une heure trente et y créais ma propre chronique, consacrée à l’actualité politique, internationale et sociétale.
J’y abordais des sujets rarement traités à l’antenne, souvent perçus comme trop neufs, trop nouveaux, trop éloignés des formats traditionnels : la nomination d’une intelligence artificielle comme ministre en Albanie, les débats autour de la vidéosurveillance algorithmique, ou encore la question des congés menstruels à l’université. Je choisissais des angles jeunes, actuels, qui surprenaient souvent. Mais j’apportais également ma propre approche à des sujets internationaux largement couverts, comme la COP30 ou le Mercosur. Je racontais ces sujets en empruntant les chemins numériques qui ne cessent de gagner en popularité : tweets, posts, vidéos TikTok, pour illustrer comment ces informations façonnent les opinions et le débat public, toujours traités avec rigueur et pédagogie. Mon objectif n’était pas de choquer, mais de traduire. De faire le lien entre un monde qui s’informe sur Internet et un public plus âgé, fidèle à la radio. Faire comprendre que les tweets politiques, les posts viraux ou même les TikTok façonnent désormais le débat public autant que les tribunes imprimées. Autour de moi gravitaient des bénévoles venus d’horizons multiples : avocats, médecins, bibliothécaires, journalistes sportifs. Chacun portait une expertise, un vécu, une histoire. Moi, j’apportais cette volonté presque instinctive de faire entrer l’actualité numérique dans un média traditionnel. C’était ma conviction. Et peu à peu, elle est devenue ma place.
Quand j’ai obtenu des places pour assister à l’émission 100% Euro sur M6, je n’ai pas hésité longtemps. Été 2024, sur un coup de tête, j’ai pris un train, comme on saisit une occasion avant qu’elle ne s’échappe.
Le match de la France, décisif dans la compétition, venait d’être joué et l’ambiance vibrait encore dans les gradins. Assise parmi les spectateurs de l'émission, j’ai regardé le match puis le direct se construire, les analyses s’enchaîner, les regards complices hors caméra. Et bien que je n'avais pas le micro, j’ai profondément aimé faire partie, le temps d’une soirée, de cet univers médiatique en effervescence.
La radio m’avait appris le pouvoir de la voix, des jingles, des silences habités. Elle m’a donné envie d’aller écouter d’autres fréquences, d’autres territoires. Alors j’ai pris un train. Puis un autre. Et encore un autre. De mai à juillet 2025, j’ai effectué un stage à la Radio des Ballons, la radio associative des Vosgiens. Quatre heures de trajet par jour. Entre mon appartement étudiant à Nancy et la forêt vosgienne. Entre le béton et le lac de Gérardmer. Entre la fatigue et une détermination intacte. Ce n’était pas simple. Mais c’était nécessaire.
Car pour moi, travailler à la radio, c’était devenir curieuse d’un territoire qui ne nous appartient pas encore, apprendre à l’écouter avant de le raconter, tout en participant à son fonctionnement interne. J’y ai couvert de nombreux événements locaux, souvent en étant, une fois encore, la plus jeune. Le forum du bien vieillir, destiné aux personnes âgées, m’a particulièrement marquée : aller à la rencontre de celles et ceux que l’on n’écoute plus assez, comprendre leur rapport au temps, à la société, à la jeunesse. Mais j’ai aussi géré des tâches administratives, entretenu les contacts avec les partenaires de la radio et suivi des réunions budgétaires, ce qui m’a permis de comprendre concrètement le fonctionnement interne d’une association.
À la fin du stage, je suis devenue bénévole. Les études rendaient les trajets trop complexes, alors l’équipe m’a confié des interviews à distance. Depuis Nancy, micro enregistreur en main, je continuais à aller vers les autres, sur les places publiques, autour de thématiques qui traversaient tout le Grand Est. Je croyais donner beaucoup à la radio. En réalité, c’est elle qui m’offrait l’essentiel : la rencontre, l’expérience, et ce sentiment rare d’être utile.
Si la radio m’a appris à parler, l’écriture, elle, n’a jamais cessé de me tenir la main. Elle était mon refuge. Mon jardin secret. Mon confident le plus fidèle. Depuis le lycée, j’écrivais sans cesse. C’est entre les allers-retours à la librairie et les révisions du baccalauréat que je suis tombée amoureuse. De la poésie d’abord. J’aimais écrire des poèmes, chercher la justesse d’un mot, la respiration d’une phrase, la musique discrète d’un vers. Peu à peu, j’ai façonné ma propre plume, ma propre signature : celle de « jouer avec les mots ». Je polissais chaque phrase jusqu’à ce qu’elle trouve son équilibre, son tranchant.
J’écrivais pour comprendre le monde, mais surtout pour dialoguer avec lui. Peu à peu, je suis devenue dépendante de la plume. C’est donc naturellement que j’ai intégré L’Univ en Page, le média des étudiants, lors de ma deuxième année de licence à Nancy, en alliant mon premier amour pour les mots et ma vocation pour le journalisme. J’avais quitté ma première ville étudiante, Metz, pour une ville plus foisonnante d’opportunités. Intégrer la rubrique Monde fut une chance immense. J’y ai écrit des articles de terrain sur le street art algérien, sur la situation des femmes en Birmanie, ou encore un portrait d’Édouard Gning, figure de Brut Afrique, rencontré lors de mon stage chez Brut. Chaque papier était un engagement. Chaque sujet, une nécessité intime.
Ce média m’a aussi permis de multiplier les échanges, d’intégrer des témoignages, notamment celui du directeur de Sciences Po Nancy, avec qui j’ai échangé sur la situation politique française et les élections en Bolivie. J’y ai développé des compétences en écriture, audiovisuel et montage vidéo pour les réseaux sociaux, essentielles dans tous les secteurs de l’information, des médias et de la communication. Pour rendre mes contenus plus authentiques, je m’efforçais toujours d’y intégrer des témoignages directs et de capturer des photographies sur le terrain, là où la vie se révélait sans artifice. Entre les bancs austères de l’Assemblée nationale et les ruelles colorées d’Algérie, j’ai enchaîné les clichés, renforçant ma capacité rédactionnelle, mon sens de l’échange et mon aptitude au travail d’équipe.
Partir sur un coup de tête, déclencher l’obturateur au gré de mes impulsions, c’était ma manière de me fondre dans le monde, de saisir ces instants fugitifs où la lumière dansait avec la vie, et d’y déposer, en silence, un peu de moi-même. L’Univ en Page, c’était des réunions hebdomadaires, des ateliers de montage, des rédactions, des vidéos… J’y ai découvert bien plus qu’un média : une famille journalistique. Et, mieux encore, de nouveaux associés.
Août 2025. J’ai franchi les portes de Brut avec un mélange de curiosité et d’excitation, prête à découvrir ce qui se cache derrière les écrans de mon téléphone. Mon rôle ? Assistante Brand Strategy et Éditorial. Mais très vite, j’ai compris que ce stage serait bien plus qu’une succession de tâches : ce serait une immersion dans le cœur battant du journalisme moderne. Aux côtés des journalistes, j’ai participé à la réalisation de vidéos pour Brut.Stories, traduisant notamment en anglais le contenu destiné à la story Snapchat. J’ai observé, fascinée, les coulisses d’une interview avec Greg Yega, star de télé-réalité, et j’ai compris que chaque plan, chaque silence, chaque mouvement était pensé pour raconter une histoire. Et puis, il y a eu ces rencontres qui bouleversent : quinze minutes autour d’un café avec Canelle Sab, Safae Taouih ou encore Édouard Gning m’ont appris plus sur le monde médiatique que des semaines de lectures et de recherches. Avec Edouard, nous avons partagé une passion commune, si forte qu’elle m’a conduite à réaliser un portrait de son parcours pour le média étudiant dans lequel je travaille.
Mais ce stage m’a aussi ouvert des fenêtres sur des univers que je ne connaissais qu’au travers de mon écran. L’Hiboux star de Duolingo, installé dans leurs bureaux, est devenu un compagnon inattendu de mon apprentissage. Passer du temps avec l’équipe communication de Duolingo m’a montré l’envers du décor, les stratégies, les décisions et les nuances que chaque publication implique. Parallèlement, j’étais plongée dans l’équipe stratégique de Brut. Réaliser une présentation pour le directeur de la stratégie sur le conservatisme de la jeunesse, qui a servi à enrichir une étude statistique du panel Brut Insiders, suivre des réunions avec des partenaires comme Duolingo ou Tinder, participer à des brainstormings pour des projets de brand content…
Chaque instant m’a permis de comprendre que l’information gratuite que nous consommons en ligne a un prix, que chaque partenariat, chaque vente de données ou d’audience est un maillon invisible de ce système complexe. À travers ce stage, j’ai découvert non seulement des journalistes passionnés mais aussi tout un écosystème qui nourrit le journalisme d’aujourd’hui et de demain. J’y ai compris qu’en 2026, connaître ces enjeux n’est pas optionnel : c’est essentiel pour évoluer dans cet univers avec lucidité et conscience.
Implantée au Haut-du-Lièvre, juste à la lisière de Nancy, un quartier trop souvent réduit à ses clichés, RCN fait résonner une humanité dense, solidaire et bien plus riche qu’on ne l’imagine. Et c’est à cette radio que ma plus belle aventure associative a trouvé son souffle. Avec deux partenaires de plume de L’Univ en Page, nous avons cofondé l’émission radio « Où va le monde ? ». Une émission née d’une envie commune : prendre le temps de comprendre. Aller au-delà des titres, des alertes, des chiffres jetés à la hâte. Notre ambition était simple et immense à la fois : parler en profondeur des conflits mondiaux et des grands événements internationaux. Iran, Soudan, Venezuela, COP30… Nous voulions contextualiser, analyser, rendre lisible un monde souvent raconté dans l’urgence, mais rarement expliqué.
Créer une émission, c’est aussi apprendre à composer avec les autres. Choisir un jingle, sélectionner des sujets, définir un angle, une tonalité, une ligne. Très vite, nous avons compris qu’il fallait se mettre d’accord. Échanger. Parfois débattre. Et surtout, accepter de s’adapter. Cette capacité à travailler en équipe est, selon moi, essentielle dans tout projet collectif. Aucun média, projet ou initiative ne peut fonctionner sans dialogue, sans compromis, sans une vision partagée. Suivre une ligne éditoriale n’est pas une contrainte : c’est une boussole. Et sans échanges constants au sein de l’équipe, elle perd son sens. Cette expérience m’a appris que produire un contenu ou mener un projet n’est jamais un exercice solitaire, mais une construction commune, faite de voix différentes qui doivent apprendre à avancer dans la même direction. Il va sans dire que rien ne vit sans dialogue.
Et si j’essayais ?
C’est ce que ma plume m’a soufflé un jour. Alors j’ai contacté, sur Instagram, un journaliste du Bondy Blog. Un média bien connu pour explorer l’actualité et les réalités des quartiers populaires à travers les voix de ceux qui y vivent. Sans réseau. Sans adresse officielle. Sans certitude. Je pensais être trop loin, trop inutile. Mais qui ne tente rien…..
Après plusieurs échanges, j’ai obtenu le contact de la directrice. Quelques jours plus tard, je prenais un train pour Paris. Été 2025. Rencontre décisive.
Nous avons convenu que je pourrais écrire à distance. Et contre toute attente, ma position géographique est devenue un atout : être journaliste dans le Grand Est. Mon premier article fut le fruit du bénévolat, il portait sur l’accès restreint aux études supérieures dans la région. Aujourd’hui, en Erasmus à Bruxelles, je prépare un nouveau papier, ancré dans ce territoire européen. Je ne suis plus bénévole. Peu à peu, sans fracas, j’ai franchi un seuil : celui de la pige.
Je voulais m’aventurer véritablement seule, tracer mon chemin, ressentir le monde sans filet. L’Erasmus s’est imposé comme une évidence. L’IHECS à Bruxelles, une école de journalisme et de communication accueillant des étudiants venus des quatre coins du monde, a sauté aux yeux de mon ambition. J’ai pris mon micro venu des Vosges, mon Mac bourré d’articles, fait mes valises et je suis partie pour mon dernier semestre de licence. L’envie de rencontrer, de développer ma voix, de préciser mon projet professionnel, je n’ai pas hésité une seconde. Bruxelles est une ville ouverte, vibrante, où les langues se mêlent et les regards s’entrecroisent. Des étudiants du Brésil, du Mexique, d’Asie, de partout, des façons d’enseigner et d’aborder le monde de la communication différentes, chaque rencontre est une leçon, chaque dialogue un miroir.
La ville m’a poussée à progresser en anglais, à observer les autres et à me mesurer à des perspectives nouvelles, tout en m’immergeant dans un espace où tout devient possible. Le voyage, pour moi, se conjugue toujours à l’écriture. Il est une chance de faire découvrir le monde aux autres. J’ai écrit pour L’Univ en Page sur le street art algérien lors de l’été 2025, arpentant les rues dédiées à ces œuvres comme on arpente une page blanche à remplir. Et bientôt, c’est à Bruxelles que j’entamerai un article de terrain pour le Bondy Blog, pour continuer ce dialogue entre terrain et plume. Convaincue que la rencontre et le voyage sont les plus sûres façons de grandir, j’ai compris qu’il n’y a pas de meilleur professeur que l’aventure solitaire, celle qui pousse à apprendre, à se confronter, à se découvrir.
À Bruxelles, j'ai aussi choisi de m'engager bénévolement au Babbelkot, une association au cœur de la ville qui accueille des personnes isolées : parce que tendre l'oreille à ceux que la vie a mis à l'écart, c'est aussi une façon d'apprendre le monde.
À quatorze ans à peine, j’ai poussé la porte de la mairie de Marlenheim, ma ville d’enfance, celle où j’avais grandi entre les ruelles calmes et les façades anciennes. Un stage de découverte, qui aurait pu n’être qu’un simple aperçu de l’administration locale, s’est révélé être mon premier pas dans le monde de l'information et de la communication. Coup de chance ou coup du destin, j’ai rencontré Norbert Tarayre devant les caméras de M6, dans le cadre de l’émission "La Grande Vadrouille de Norbert", qui venait dans ma petite ville alsacienne découvrir les spécialités locales. Observer la danse des caméras, la précision des équipes, les regards concentrés sur chaque détail… c’était fascinant. Et du haut de mes quatorze ans, j’éprouvais ce mélange d’émerveillement et de curiosité qui ne m’a jamais quittée. Mais ce n’étaient pas seulement les projecteurs ou la célébrité qui me captivaient. C’était le quotidien discret du journal de la ville : "L’Appariteur", qui relayait l’information, les petits gestes de transmission des nouvelles, la manière dont chaque message circulait avant d’atteindre les habitants. Et puis, il y avait le pôle communication, cœur invisible mais vibrant de cette mécanique.
Là, j’ai découvert que chaque communiqué, chaque publication sur les réseaux sociaux, chaque dossier de presse n’était pas seulement un texte, mais un pont entre la mairie et les habitants. C’est là que j’ai compris : le journalisme et la communication, ce n’est pas seulement l’actualité mondiale ou les plateaux télévisés. Il commence parfois dans une mairie de village, à observer comment l’information circule, comment elle se façonne, comment elle touche les gens. Assister à ces réunions, suivre le fil des publications sur Facebook ou Instagram, voir comment la ville raconte ses propres histoires… C’était ma vocation qui se dessinait, subtilement, mais avec une évidence fulgurante. Ce premier stage n’était pas seulement une expérience administrative. Il était un premier souffle dans l’univers que je voulais explorer. Entre les caméras, les claviers, les messages qui se transmettent, j’ai compris que je voulais raconter le monde, même à petite échelle. Que je voulais être celle qui observe, qui transmet, qui relie. Et tout a commencé ici, dans cette mairie que je connaissais si bien, mais que j’ai vue pour la première fois comme un monde à découvrir.
Toutes ces expériences m’ont guidée à travers les multiples facettes de la communication. Des micros de radio aux plateaux télévisés, des rues des Vosges aux amphithéâtres de Bruxelles, j’ai appris à observer, à transmettre, à raconter. Chaque rencontre, chaque projet, a affiné ma voix et ma compréhension de cet univers en perpétuel mouvement. Aujourd’hui, le monde des médias et de la communication n’a presque plus de secrets pour moi, et je n’ai pas fini d’en tourner les pages...